Article envie de ville : Quand l’urbanisme muscle la santé

Testé lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, le design actif est une manière d’aménager la ville pour qu’elle incite à l’activité physique, ce qui est un gage de meilleure santé pour les citadins. Explications. Interviews ce Nicolas LOVERA, ceo Playgones et Elodie Benoit, directrice générale de Villes & Projets – Extrait du magazine ENVIES DE VILLE – Décembre 2025 par Nexity.

Le design actif une approche holistique pour la santé

En France, 95 % des adultes sont exposés à un risque de dégradation de leur santé en raison du manque d’activité physique ou d’un excès de temps passé assis, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Face à ce constat alarmant, une nouvelle approche de l’aménagement urbain a émergé : le design actif.

Apparu dans le discours des urbanistes et des collectivités à partir des années 2010, à la suite des expérimentations d’active design qui avaient été menées aux États-Unis et au Royaume-Uni, il a vu naître ses premiers projets en 2015, notamment à Lyon et à Nantes. Aujourd’hui, c’est une pratique en plein essor. Cette approche d’aménagement des espaces publics, des bâtiments et des infrastructures vise à encourager l’activité physique au quotidien, de manière ludique, spontanée et inclusive, sans que les usagers s’en rendent compte. L’objectif est de lutter contre la sédentarité croissante des populations qui vivent en ville. Pour cela, le design actif utilise l’architecture et le mobilier urbain comme sup-ports pour favoriser la marche, l’usage des escaliers, la pratique du vélo, et le sport sous toutes ses formes, en recourant à des installations créatives, à des parcours fléchés, à des marquages au sol ou à des modules interactifs.

Alors que les Jeux olympiques ont permis d’évaluer en conditions réelles le potentiel du design actif, cette expérience grandeur nature a-t-elle pu être reproduite après l’événement ? Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Comment l’implanter dans d’autres territoires ? Comment transforme-t-elle la ville ?

article magazine envie de ville

Paris 2024, terrain d’expérimentation du design actif

Les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) ont permis de tester les différents dispositifs qui peuvent inciter les habitants à bouger davantage au quotidien. De nouveaux aménagements de pistes cyclables, des zones piétonnes et des parcours de promenade le long de la Seine ont favorisé les mobilités actives en encourageant les Parisiens à se déplacer à pied et à vélo. Dans la capitale et en banlieue, des plateaux sportifs accessibles gratuitement ont été créés ou réaménagés à proximité des sites olympiques.

« Plusieurs terrains de sport ont été peints par des artistes aux couleurs de Paris 2024 dans le but de les rendre plus attractifs et plus engageants. Avec l’opération “Gagner du terrain” mise en place par la Française des Jeux, nous avons installé des aires d’échauffement dans différents quartiers, ce qui fait que tout le monde pouvait faire du sport »,

explique Nicolas Lovera, CEO de Playgones et spécialiste français du design actif, qui accompagne de nombreuses villes et maîtres d’œuvre dans l’intégration du mouvement au cœur des aménagements urbains. Le design actif amène à utiliser les équipements de manière plus active, mais aussi plus ludique. Dans de nombreux bâtiments affectés au fonctionnement des Jeux, les escaliers ont été recouverts de messages et équipés de compteurs de pas pour faire en sorte que l’ascenseur devienne un second choix. Les per-sonnes qui montaient à pied pouvaient connaître le nombre de calories qu’elles avaient perdues, ce qui leur a permis de fournir des efforts en s’amusant. À Saint-Ouen, une piste d’athlétisme a été dotée d’un radar de vitesse pour que parents et enfants puissent comparer leurs performances à la course.

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 « Il est fondamental de coordonner les politiques publiques d’aménagement des espaces et des équipements avec les exigences posées pour les espaces privatifs, afin de maximiser leur impact sur la santé des habitants.

À l’échelle domestique, les espaces communs doivent être pensés comme des incitations à l’activité physique. Par exemple, l’aménagement des cages d’escalier avec une lumière naturelle abondante et des dispositifs ludiques – tels que les fast-tracks – stimule l’usage de cheminements dynamiques, tant chez les adultes que chez les enfants. La qualité des parties communes joue également un rôle clé : une décoration soignée, des locaux à vélos spacieux, fonctionnels et naturellement éclairés encouragent une mobilité active au quotidien. Veiller à intégrer des aires de jeux inclusives dans chaque îlot favorise l’appropriation des jardins partagés en cœur d’îlot par les enfants. Ces espaces sont bordés d’assises, invitant à la rencontre et à la convivialité. »

Élodie Benoit, directrice générale de Villes & Projets

Faire évoluer la ville dans la bonne direction

Pour autant, le design actif ne se limite pas au sport et à la santé. C’est un concept global permettant de produire un modèle urbain qui prend soin des habitants et du territoire, tout en accélérant la fabrication de la ville sur la ville, la transformation des usages, l’inclusivité, la présence du beau, la renaturation ou la piétonnisation des rues. Ainsi, à Joinville-le-Pont, toujours à la faveur des JOP, Playgones a trans-formé un espace délaissé sous un pont d’autoroute en véritable espace de jeu de 10 000 m² dédié aux sports urbains, décoré par 14 artistes internationaux. Le site inclut une forêt urbaine de 30 000 arbres qui crée un cadre verdoyant. À date, ce sont 8 sports différents qui peuvent y être pratiqués en accès libre.

« La grande majorité des projets vont au-delà du sport pour répondre à des problématiques de société et de tran-sition d’un modèle vers un autre. Par exemple, nous avons créé des cheminements intérieurs et extérieurs dans les rues pour permettre aux enfants d’arriver à l’école en jouant, en faisant de la marelle, en courant, ce qui stimule leur envie d’aller en cours. À La Défense, nous avons conçu un skatepark en béton imprimé en 3D qui, une fois les Jeux terminés, a été démonté et donné à la ville de Puteaux pour qu’il trouve une seconde vie »,

précise Nicolas Lovera.

Aujourd’hui, aucun des dispositifs mis en œuvre à Paris et en banlieue n’a été désaffecté. Chacun d’entre eux peut facilement être reproduit dans n’importe quelle autre ville, ce qui devrait faire naître de nombreuses initiatives. Pour les municipalités, il faut néanmoins composer avec des investissements qui peuvent s’avérer conséquents. En tant que levier majeur d’innovation urbaine, le design actif est en train d’enrichir la trousse à outils des municipalités pour qu’elles puissent imaginer des villes plus dynamiques, plus attractives et plus durables, où le mouvement fera partie intégrante du quotidien des habitants.