INCITER LES CITADINS À LA PRATIQUE SPORTIVE
Gilles Champel, responsable sport et innovation chez Pro Urba, insiste sur le point suivant : “il est important de garder en tête que les aménagements en design actif doivent être réplicables et faciles à mettre en place, sans dénaturer l’espace public. En effet, les parcours envisagés doivent se montrer plus sobres en énergie, en matériaux”. L’incitation à la pratique sportive pour tous implique également le recours à un fil conducteur, commun à l’ensemble des aménagements proposés. “Il faut proposer un parcours cohérent qui respecte les lieux, les usages et les usagers” souligne-t-il. Par ailleurs, les espaces publics n’étant pas extensibles, les concepteurs doivent imaginer des espaces hybrides, répondant à des usages multiples, et d’anticiper les nouvelles pratiques de mobilité, toujours dans une volonté de rendre les aménagements pérennes et utiles à tous. “Il faut être en mesure de corréler l’espace aux différentes pratiques et de proposer des configurations adaptées, soit par le relief offrant des dispositions attractives pour bouger, soit par des équipements détournables mais prédisposés dès leur conception à recevoir certaines pratiques, ou le mélange des deux” développe le responsable.
DES QUARTIERS DYNAMIQUES Au-delà des problématiques de santé publique auxquelles le design actif répond, celui-ci s’avère aussi très convaincant pour dynamiser des quartiers, notamment ceux habités par des citadins souvent éloignés de la pratique sportive. “Le design actif permet d’animer la ville en la rendant plus visible, plus attractive, plus lisible, tout en renforçant le lien entre les citadins quels que soient leur âge, sexe, origine” rappelle Carole Marcou. Si bien que là où la ville aménage selon le principe du design actif, les populations se réapproprient l’espace public, se rencontrent, découvrent le patrimoine existant, bougent… Pour beaucoup de maîtres d’ouvrage, avec le concours des aménageurs et concepteurs de l’espace public, le design actif réinvente la ville, quitte à changer radicalement d’ambiance sur certains sites. Aux professionnels de l’aménagement de s’approprier ce dispositif pour imaginer des villes plus belles, plus attractives, plus sportives ! n 1 Publications de Grant Tomkinson, University of South Australia, 2013.
2 Anses, 2022.
3 OMS (Organisation Mondiale pour la Santé).
4 Publications dans la revue BMJ Global Health.
5 Etude Sport dans la Ville, réalisée pour label ‘Ville active et sportive’, 2022.
Des villes pilotes l’expérimentent
Six territoires-pilotes, soutenus par le programme ‘Action Cœur de Ville’ de l’Agence Nationale de Cohérence des Territoires (ANCV) et Paris 2024 à travers son label ‘Terre de Jeux 2024’ ont lancé leur expérimentation sur le design actif. Tous ont bénéficié d’un accompagnement sur mesure, notamment celui de la Cité du Design de Saint-Etienne, il s’agit de Bourges (18), Châtellerault (86), Limoges (87), Plaine Commune (93), Saint-Dizier (52) et Saint-Omer (62).
– La Ville de Châtellerault avait un objectif précis : (re)découvrir la ville grâce à un cheminement doux reliant la gare au centre piétonnier, valorisant ainsi le patrimoine et les bienfaits de la marche. “L’aménagement se veut réfléchi, coloré et efficace” indique Cécile Champagne, chef de projets Action cœur de ville à l’Agglomération de Grand Châtellerault. En effet, alors que des trottoirs existant sont élargis, des peintures au sol animent les lieux. Tel un parcours ludique, en ville se succèdent : des empreintes de pas indiquent où circuler, des motifs ‘splash’ autour de la fontaine incitent les passants à se diriger vers elle, une marelle en forme de montgolfière, un mobilier urbain en forme de hamac et de planche de paddle… Résultat : “avec ce projet, on a réussi à ‘capter’ les enfants, et donc les parents” constate-t-elle. Coût de l’opération pour la Ville : 15 540 euros TTC. “Désormais, le design actif est inclus dans tous nos projets”. – Limoges (87), la ville à la campagne. En requalifiant ses espaces publics en centre-urbain, la Ville de Limoges a deux ambitions : végétaliser davantage, “en écho à son statut de ‘grande ville à la campagne’, et affirmer le cœur de ville comme lieu de vie” précise Philippe Pradon, directeur des sports à la Ville. En cours de piétonisation, l’axe Jean Jaurès accueillera des espaces de végétalisation, se parera de différents marquages au sol et s’équipera de mobiliers urbains, tantôt classiques aux couleurs de Paris 2024 ou contemporains en fonction des contraintes urbanistiques. A l’exemple des banquettes en céramique créées par le designer Marc Aurel qui seront intégrer dans un parcours, et sur lesquelles les citadins peuvent se reposer et les joggers s’étirer. De nouveaux espaces sportifs sont en cours de réflexion : terrain de basket 3 x 3, terrains de pétanque, tables de ping-pong en extérieur… A l’échelle de la ville, les travaux de la ‘diagonale du sport’, qui la traversera du nord au sud, seront livrés au cours du premier semestre 2023. Enfin, les nouveaux bords de Vienne, qui feront l’objet d’une réhabilitation totale, accueilleront des vergers, des spots sportifs à l’horizon 2023-2024…
Les facteurs de réussite
Pour déployer le design actif dans l’espace urbain, le Guide du design actif (édité par l’Agence Nationale de Cohésion des Territoires et le label Terre de jeux 2024) définit huit étapes clés :
– définition des objectifs : identifier les intérêts du déploiement du design actif afin de mettre en place une politique cohérente entre les différents services d’une collectivité (urbanisme, espaces verts, jeunesse et sports…) ;
– identification des publics visés en analysant la fréquentation des lieux, en réalisant des diagnostics usagers, en organisant des rencontres avec les associations du territoire… ;
– détermination des lieux et temporalité : savoir où déployer le design actif, à quelle échelle (rue, quartier, ville), pour combien de temps (vocation saisonnière ou pérenne), et se saisir de l’opportunité d’un aménagement pour le mettre en réseau avec d’autres via des trames et parcours urbains ;
– pré-identification des dispositifs existants : définir ceux qui sont les plus pertinents au regard des objectifs, qu’ils soient ponctuels ou intégrés dans un nouveau projet, sélectionner des exemples inspirants… ;
– implication des usagers pour approfondir les besoins, les aménagements les plus pertinents… en réalisant des diagnostics avec les citadins, complétés éventuellement par des méthodes de co-conception. Il s’agit aussi de mobiliser ‘l’expertise d’usage’ portée par des habitants, des associations, des professionnels du sport… ;
– dimensionnement des aménagements : après obtention de subventions (DSIL, DETR) et approbation des budgets, cette étape consiste à définir les caractéristiques du projet (peinture, signalétique, mobilier urbain, jeux…), les impératifs environnementaux (dans une logique d’économie circulaire notamment) et les obligations d’entretien ;
– animation des lieux : pour certains équipements, notamment sportifs, l’implication de professionnels (coach, associations…) améliore la visibilité de l’aménagement réalisé, dynamise l’espace et régule la fréquentation ;
– suivi de l’aménagement et systématisation du design actif aux projets, afin de répondre aux besoins initiaux.