Les interprétations de l’interruption du projet angevin
Les investisseurs anglais (américains et japonais ?) potentiels, partenaires de la chaîne Holiday-Inn, avaient été sollicités par des intermédiaires (de la Société SPIE). Ils s’étaient déclarés intéressés par le financement du projet mais ont longtemps différé leur décision puis y ont finalement renoncé. Des acteurs économiques ayant des enjeux «d’apports d’affaires» n’ont pas permis l’établissement de contacts directs avec ces investisseurs qui auraient permis de tirer, a posteriori, des enseignements de leur défection. Ces derniers devaient être sensibles aux « économies d’échelle » que devait assurer la diffusion, en plusieurs exemplaires, d’un produit «hôtel-loisirs», en d’autres villes ou contextes nationaux. Les initiateurs ne pouvaient évidemment leur garantir une telle possibilité tant il leur apparaissait que plusieurs prototypes (type «compact centreville », type « complet péri-urbain » ou « site minimal ») devaient être, au préalable, édifiés et expérimentés en des lieux favorables pour en mesurer les effets.
Beaucoup plus tendus – collectivement – vers la réussite du prototype angevin (directement rapportée à ses équilibres de gestion), les concepteurs-chercheurs (issus du secteur public et universitaire) ne visaient pas l’édification, à toutes forces, d’une construction (que l’architecte et le bâtisseur pouvaient légitimement espérer). Les chercheurs inopinément introduits dans ce processus de conception d’équipements souhaitaient encore moins la diffusion, à l’identique, d’un «équipement-standard» dont on pouvait douter, à priori, d’une bonne rentabilité financière.
En outre, dans la philosophie fondatrice de leur projet, les concepteurs restaient attachés au fait de pouvoir satisfaire, notamment, des besoins publics non nécessairement solvables et d’éducation physique et sportive (enfants des écoles, élèves des lycées, étudiants de l’université). Ils s’accommodaient d’autant moins de cette démarche de totale commercialisation du projet que les études démontraient la nécessité d’ouvrir, en plein emploi, le SAS à ces publics scolaires grâce à des subventions publiques (de la Région, du Département et de la Ville). Il était possible de faire quelques économies sur le financement des « classes vertes », « de neige » ou « de mer » que le SAS pouvait éventuellement remplacer pour certains publics d’enfants (on songe notamment aux enfants et adolescents des « banlieues sensibles »).
Par ailleurs, les investisseurs ont, semble-t-il, pris la mesure de la crise affectant, en France à cet instant, les équipements de «Loisirs» auxquels le SAS était abusivement assimilé.
Porté par un maire, à forte personnalité, le projet a bénéficié de l’adhésion spontanée et immédiate d’un conseil municipal. Or cela ne vaut pas adhésion de toutes les forces sociales «vives» d’une commune et de sa région avec lesquelles un tel projet doit compter. Le SAS inquiétait le mouvement sportif local. D’autres acteurs locaux restaient réticents (notamment les services privés existants, les porte-parole d’un corps médical, puissant sur la ville). Il n’était pas porté par toute une collectivité, dont certains leaders d’opinion estimaient le projet «démesuré». (Baslé, 1994). Pendant toute la durée des études, des contacts fréquents avec le maire ont permis de le tenir informé de leur avancement. Ceci lui permettait de procéder, régulièrement, à des effets d’annonce dans les médias qui mettait en exergue sa ferme volonté de «modernisation» de sa ville, sur le secteur éminemment stratégique d’un ultime développement urbain, en centre-ville, et dans un registre « sportif » qui assure l’adhésion populaire. Il confortait ainsi l’image d’un maire, «tourné vers le futur», mais qui, en bon gestionnaire, se garde de prendre le moindre risque pour sa commune (ceci au point de refuser de s’engager sur le principe de l’attribution de subventions municipales permettant d’assurer la fréquentation du SAS par les scolaires). Visiblement le fait de «faire travailler gratuitement le Privé», à son service, le ravit. Il en tire profit, en termes symboliques, tout en montrant, en toutes occasions, qu’il « ne s’en laisse pas compter » et n’engage, en aucune façon, financièrement la commune (du fait déclaré de «la privatisation du projet»)… En cas de réussite de ce projet il pouvait se présenter comme son véritable initiateur et récupérer tous les profits symboliques d’une réalisation solennellement inaugurée… En cas d’échec, il s’empresse de se démarquer des inventeurs «Concours-Lépine» et des «promoteurs privés» imprudemment engagés dans un projet irréaliste…) (12).
A un autre niveau, national celui-ci, on pouvait trouver quelques raisons à l’échec. A l’exception notable du Secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports, nulle instance nationale n’a répondu clairement à nos sollicitations. Celles auxquelles sont assignées les fonctions de soutien à l’innovation sont restées silencieuses. Quelques unes s’étant bornées à nous recommander d’essayer d’atteindre l’objectif « du petit équilibre de gestion ». Laisser faire, attendre et voir, semble un principe, assez partagé, dans ce secteur difficile de l’innovation. Aucune administration n’a perçu les possibles enjeux d’exportation d’une ingénierie et d’un produit français, attaché à la qualité, résultant de la réalisation et de l’expérimentation, en vraie grandeur, d’un prototype implanté dans un lieu favorable. On pouvait espérer, au moins, voir tester, en France, sa pertinence, dans une mise en relation du niveau national et du niveau local de décisions.